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SINTINEDDI
Après 10 ans d'absence "Canta u Populu Corsu" sort un disque Sintineddi et remonte sur scène. Comment retrouver ce qui a fait le succès de Canta ?Deux choses importantes: Canta c'était un certain esprit, fait d'engagement, de conviction, de don de soi. C'était aussi, bien sûr, une façon de chanter basée sur les voix et sur la création d'un son particulier. C'est cela que nous voulons retrouver. A vous de juger si nous y sommes parvenus. Les façons de travailler les chansons, de faire des spectacles ont changé...Certes la sonorisation a progressé et puis le travail sur scène a pris plus d'importance. On est conscient que l'on ne pourra pas se produire sur scène comme on le faisait avant, c'est à dire de manière brouillonne. Nous priviligierons la qualité en travaillant nos spectacles. Pour autant, même en s'efforçant d'atteindre une qualité professionnelle nous ne deviendrons pas des professionnels, nous conserverons notre identité. D'autre part, Canta a toujours été un groupe ouvert ayant une vocation de formation et d'impulsion et cela reste essentiel pour nous. Il y a dans le nouveau Canta de nouvelles voix... Canta a aussi porté un message politique. L'histoire du groupe et son inspiration sont liées aux luttes des années 70.Oui, Canta a chanté un idéal, il a participé aux combats politiques en étant partie prenante du mouvement nationaliste. Mais nous avons toujours conservé notre liberté vis-à-vis des politiques. Ce qui se passe aujourd'hui en Corse et particulièrement dans le mouvement nationaliste nous conforte dans cette attitude. Il ne faut pas compter sur nous pour cautionner telle ou telle organisation ou pour avaler des couleuvres. Canta a toujours conservé sa liberté de parole et son sens critique. A mon avis c'est le mouvement culturel et associatif qui permettra de régénérer les énergies, notamment dans la jeunesse et de dépasser la situation actuelle, largement due à des organisations qui n'ont pas été à la hauteur de leur tâche et qui ont gravement décrédibilisé la cause pour laquelle nous luttons et pour laquelle il y a eu tant de sacrifices. On a l'impression que le chant aujourd'hui se porte bien. Il y a une reconnaissance à l'extérieur, soulignée par des succès et des récompenses.Oui, il y a des réussites, mais on eut se demander si cette reconnaissance hors de Corse n'est pas la marque d'un phénomène de mode, un nouvel exotisme inventé par le dominant. Pour nous la reconnaissance de notre culture est indissociable de la reconnaissance de notre existence. Je continue de considèrer l'action culturelle comme un acte de résistance. Venons-en à ce disque Sintinedda. Pouvez vous nous le présenter ?Son titre Sintinedda est aussi celui d'une chanson de F.Lanfranchi, qui évoque ces menhirs dressés comme des sentinelles, gardant un monde aux racines profondes mais menacé. Cette chanson parle en fait de la Corse d'aujourd'hui et nous renvoie à ce souci qui a toujours été le nôtre d'alerter et de défendre ce qui fait notre identité. Ce disque allie le traditionnel et la création. Nous retournons aux sources avec des vieux chants de la région de Zicavu, avec aussi une chanson humoristique de la région du Fium'orbu. Nous chantons aussi des thèmes traditionnels comme celui de l'exil ("Lettera d'Argentina"), à noter que pour ce chant la mélodie n'est pas fortuite, et allie des sonorités corses (lamentu) et sud-américaines (tango argentin), pour l'histoire réelle d'un Corse exilé qui aurait assimilé en fait les deux cultures. Mais la création y occupe une place importante. Avec en particulier J.P. Poletti qui a écrit une chanson pour Ribellu hommage à la résistance bien venu en ces temps de révisionnisme. Du même auteur, "E muntagne d'Ese" qui termine en quelque sorte une trilogie commencée avec "l'Alta Strada" et "un passu ver di u celu". "In mimoria" exprime une certaine idée de la Corse et de la lutte, celle des travailleurs, celle des femme, celle pour construire. Dans la continuité "Rimori" dit la rage intérieure, celle d'une révolte qu'on ne sait pas dire avec les mots, ce cri créateur pareil à une déflagration: "nous sommes encore vivants".
Natale Luciani
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