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CANTA ET L'ENGAGEMENT POLITIQUE
1. Canta, entre implication et indépendanceAu chapitre de la politique et de l'engagement militant, l'histoire de Canta s'échafaude, à travers la mémoire de ses acteurs, sur la chronique des prestations assurées au cours de soirées de solidarité ou de clôture des meetings politiques. La composition du programme, l'interprétation de tel chant ou de tel autre prennent la dimension de déclarations spécifiques de la sensibilité et de l'attitude politiques du groupe vis-à-vis des idéologies ou des partis en présence. La spéculation théorique sur des points de doctrine ne paraît pas avoir été une forme essentielle de l'expression du groupe et l'évocation des péripéties du débat nationaliste n'intervient, dans les entretiens, que comme un cadre qui permet aux témoins de caractériser les différentes phases de la vie de Canta. De toute évidence, la discussion politique la plus nourrie est réservée aux membres du groupe et destinée à définir son attitude publique: "On réfléchissait dans tous les sens; c'était formidable. Nous avions conscience d'être portés par un mouvement d'essence idéologique, mais nous n'avons jamais accepté d'obéir à une ligne partisane. Certains groupes ont fait de la chanson politique presque un slogan. Canta jamais!" L'attention est arrêtée par un jugement à l'emporte-pièce, destiné à manifester la primauté du culturel sur la consigne politique et, ce faisant, à dégager l'identité du groupe et sa légitimité populaire: "Quand ils faisaient une réunion politique dans un village, ils avaient 10 personnes; quand ils faisaient venir Canta, ils en avaient 100." Difficile dans ce cas de ne pas concevoir les rapports avec les militants politiques en termes d'indépendance: "Canta a chanté pour la C.C.N. mais pour d'autres aussi. Nous n'étions pas gênés par le fait que des tendances s'affrontaient dans le débat politique national corse." Ou de supériorité, comme dans cette réponse à une série de questions pressantes de l'interviewer ("L'existence de Canta ne tenait-elle pas davantage à une capacité politique qu'à une fonction esthétique? quand la politique lui a donné moins d'espace, le groupe n'a-t-il pas moins existé? le groupe ne prétendait-il pas embrasser tout le champ du politique? "Canta avait la capacité de rassembler parce qu'il était crédible. C'est à partir de là que l'on peut espérer faire adhérer à la cause nationale Si les gens savent que tous les enjeux ne sont pas limpides, il n'y a pas de progrès possible. Canta u Populu Corsu était populaire par sa foi, par son idéalisme, par le désintéressement absolu de son action. A l'heure actuelle, il faut retrouver ce climat, cette façon d'être!". 2. Fidélité aux origines culturellesDans l'activité et les prises de position du groupe, l'observateur perçoit, à partir des années 1978, une oscillation constante entre l'implication totale dans la lutte nationaliste et le souci de ménager à Canta une liberté de mouvement et de pensée indispensable au maintien de son identité propre, définie à plusieurs reprises comme culturelle. Faut-il y voir la marque d'un parcours hésitant qui est, à tout prendre, celui de bien des associations et groupements, de personnalités et peut-être de l'opinion insulaire dans son ensemble? Conviendrait-il donc de réhabiliter la vertu d'hésitation dans la morale militante et de faire agir, pour une fois, la sagesse populaire qui est la plupart du temps, le prétexte de l'immobilisme: A' chi hà a vista corta, ùn vaca di notte tempu... Ce n'est pas l'enseignement que nous livre le parcours de Canta u Populu Corsu, marqué d'une fidélité indéfectible à ses origines culturelles sans cesse réaffirmée, mais traversé de part en part par l'actualité politique. Dans le carton des archives figure un document de trois pages denses et dactylographiées. Il porte le tampon du groupe. Une main méticuleuse en a soigneusement corrigé à l'encre rouge l'orthographe corse. Le ton est catégorique, le style ferme et parfois lyrique, bien dans le goût de l'époque. Ce texte s'intitule "Le chant dans le fait culturel corse. Réalités d'aujourd'hui et propositions pour demain". C'est à ma connaissance la version la plus achevée de la doctrine du groupe, un manifeste et un guide d'orientation pour l'action. Le préambule met en exergue la valeur centrale du chant dans la réappropriation et la libération de la culture corse ainsi que le lien indissociable du combat culturel et de la lutte politique. La première partie ("La démarche militante") insiste sur la fonction irremplaçable de la chanson militante mais aussi sur ses limites: propre à éveiller en chacun de nous la mémoire collective et à revigorer les énergies assoupies, elle n'a pourtant pas vocation à conduire la lutte politique. Le rédacteur met en garde les structures politiques nationalistes contre la tentation qui consiste à faire des manifestations culturelles une source de financement ou un support pour leur propagande, alors que la "pratique politique" doit se greffer sur un "fondement culturel", pour les organisations comme pour les individus. La deuxième partie ("Le sens de l'engagement") repose sur un postulat: l'âme corse ne peut être défendue et sauvée que par la lutte politique; il en découle qu'il ne peut y avoir de véritable culture corse qu'engagée. A l'appui de cette affirmation sont évoquées les erreurs de plusieurs entreprises culturelles déviées de leur finalité à cause de la naïveté de leurs promoteurs ou de manipulations extérieures. Application de ce constat aux initiatives passéistes et folkloriques qui tendent à couper l'expression polyphonique de son contexte socio-politique et de la question corse actuelle. Après avoir désigné le péril que représente le développement de festivals et d'associations musicales sans rapport avec la lutte culturelle du peuple corse, la troisième partie ("Les structures de la lutte") met en lumière la nécessité de créer une structure regroupant les associations culturelles engagées. Il ne s'agit pas de viser un profit et la professionnalisation des acteurs culturels, mais de consolider la culture engagée en lui donnant une ouverture, une qualité et une assise plus large grâce au regroupement des expressions existantes, au développement des écoles de chant et à la collaboration avec les autres cultures populaires engagées. N'est-ce pas précisément cette orientation fondée sur un attachement foncier à la culture du peuple corse qui inspire au groupe sa ligne d'action sur plus de dix ans et lui fait assumer l'engagement adapté aux structures porteuses de sa cause, tout en l'affranchissant d'une dilution dans l'idéologie? Si tel est le cas, les choix individuels -de persistance ou de changement, et quelles qu'en soient les répercussions- prennent une couleur anecdotique en regard de l'histoire de Canta u Populu Corsu. 3. Faire progresser les idées autonomistes (1973-1977)Dans ce que l'on peut caractériser comme la première période du groupe et qui s'achève avec l'été 1977, l'élan qui porte le groupe s'accommode fort bien d'un mouvement politique autonomiste dont le corps doctrinal encore en construction ménage l'exercice d'une créativité sans entraves idéologiques. "Au départ de Canta u Populu Corsu, avec les associations de village, avec Ghjuvampaulu et les autres, nous avions comme but de faire progresser les idées autonomistes", dit Natale. L'édition du livre Autonomia (juin 1974) et l'élaboration d'un programme autonomiste aux contours plus précis ne paraissent pas avoir été ressenties comme des contraintes idéologiques par Canta. Les formes d'action et d'expression de ce premier autonomisme répondent d'ailleurs aux besoins d'une expression identitaire empirique et spontanée sur des thèmes populaires largement mobilisateurs. Canta trouve dans ceux-ci une riche source d'inspiration, concrétisée par l'activité débordante de Ghjuvampaulu dont la personnalité a toujours été, selon ses propres termes, irréductible aux "diktats politiques". 4. Cause nationaliste et chanson militante (1977-1983)Le premier engagement public plus radical du groupe semble dater du congrès où naît l'U.P.C. à Furiani, le 14 août 1977, deux ans après la dissolution de l'A.R.C. au lendemain d'Aleria et grâce à la gestion transitoire de l'idée autonomiste assurée par l'A.P.C (1er février 1976-17 juillet 1977). Edmond Simeoni vient de rejeter "tout amalgame avec le F.L.N.C., indépendantiste, né certes de l'exaspération mais dont la violence porte en germe l'affrontement entre Corses..." ("Arritti", n°580). Pour la "soirée de gala", sont réunis sur la scène "les plus grands artistes et groupes corses, avec la participation d'ANTOINE CIOSI" annonce le "settimanale autunumistu corsu". L'attitude de Canta prend alors la forme d'un double défi, politique et culturel et le groupe interprète "Clandestinu". Il rejoint par là une cause qui se démarque de l'époque antérieure. Il inaugure aussi une nouvelle attitude qui assigne au chant corse une fonction plus strictement militante que par le passé, mettant plus ou moins explicitement à l'index la génération de chanteurs qui ont précédé sa naissance. "Et dont nous sommes dans une certaine mesure les héritiers" confie cependant aujourd'hui Ghjuvampaulu. Petru exprime des regrets un peu gauches au souvenir de cette chanteuse que la foule a huée: "Elle était juste devant moi; elle pleurait. J'étais mal à l'aise. Sur le fond, nous avions sans doute raison, mais il ne faut pas humilier les gens. De toute façon, nous allions tous un peu trop vite". Explications embarrassées de quelques voix qui commentent les circonstances: "Nous n'avons pas choisi des cibles de propos délibéré. La conjoncture a influencé tout le monde et s'est répercutée jusque dans le style et le répertoire des chansons." Formulation un peu trop placide en regard des traces d'une mise en cause qui demeure dans les archives du groupe sous la forme de plusieurs exemplaires de I Sumeri castrati, et que justifiait, en dehors même de ce cadre politique, une opinion culturelle éprise d'authenticité. C'est le sens, entre autres, de la chronique "Chanter la Corse ou la pleurer?" parue dans la rubrique "Moeurs" de "Kyrn" (juillet 1975). L'article distingue "trois manières de chanter le malheur: le gémissement, la satire ou la révolte"; il juge le premier inadmissible quand "il est évoqué à seule fin d'appâter des touristes ou des noctambules parisiens sensibles essentiellement au folklore de l'âne, du bandit ou de la pleureuse", mais demande à "l'engagement dans le spectacle ...beaucoup de rigueur et de subtilité". Subtilité... 5. 1981: Poletti abandonne ?La deuxième interpellation vigoureuse du politique dans la vie culturelle du groupe s'est produite en 1981, dans le climat nouveau créé par l'élection de François Mitterand à la présidence de la République et l'arrivée de la gauche aux affaires. A ce moment là, Ghjuvanpaulu se sépare du groupe. La secousse est profonde, plus qu'on ne l'imagine à l'époque, moins parce qu'il en est le fondateur et l'âme de l'équipe qu'en raison du rôle de créateur qu'il y joue depuis bientôt huit ans. Natale souligne cette fonction, ainsi que le déficit provoqué par ce départ: "On chantait tout ce qu'il faisait: on trouvait belle sa production et d'autre part, il était dans la ligne nationaliste. Je voyais qu'il fallait remplir un vide. Sans son départ, jamais je ne me serais mis à essayer de créer. Nous avions quelques chansons pratiquement prêtes, ce qui nous a permis sur le moment de tenir le coup". Je recherche les traces de cette décision dans les documents de l'époque: pas d'allusion à l'événement dans les archives du groupe. Un kyrnogramme laconique dans le n°118, d'avril, avant le changement de régime, donc...: "L'animateur Jean-Paul Poletti quitte le groupe Canta u Populu Corsu. Pour des raisons d'ordre personnel qui n'ont rien à voir, précise-t-il, avec ses opinions et ses engagements". Dans le numéro suivant de "Kyrn", 6. Bientôt...7. Juin 1983. STOP. Ils n'iront pas à Barcelone. STOP...Lorsqu'éclate "l'affaire", en juin 1983, Canta a depuis longtemps accompli son tour d'Europe des causes nationales dites "minoritaires" et des pays qui portent à celles-ci une sympathie attentive. Dans les situations de l'hexagone, où la chanson corse engagée à valeur d'exemple; dans les pays germaniques traditionnellement curieux de tout ce qui touche à la latinité; en Sardaigne, l'île voisine si longtemps ignorée, qui exhorte le peuple sarde à imiter la fougue militante des Corses; au Pays Basque, où l'aile la plus engagée du nationalisme corse cherche des modèles. En Catalogne enfin, qui depuis son accession à l'autonomie en 1978, prend des allures de Terre promise. En juillet 1980 le Festivale Internaziunale di Corti organisé par Canta et A Riscossa vient d'ailleurs d'élargir avec grand succès le cercle de l'internationale de la chanson militante et, soit dit en passant, commence à imprimer à la chanson et à la musique corses la marque d'influences qui ne seront pas éphémères. Barcelone est un modèle pour toutes les minorités en lutte contre des Etats centralistes: le foyer d'une minorité qui a réussi, après des décennies de vaine répression franquiste et engagé, au plan linguistique et culturel, une politique d'un dynamisme qui force l'admiration. On n'a cure de la spécificité catalane, des perspectives qu'ouvrent une démographie de 6.000.000 d'habitants, une montée en puissance de l'économie, et les promesses de l'axe Milan-Barcelone pour un empire économique en Méditerranée... La vigueur de sa bourgeoisie de tradition commerçante et nationaliste ne se montre que fugitivement dans le mirage qui apparaît à nos yeux de minoritaires éblouis. Une visite au palais de la Generalitat suffirait toutefois à atténuer la force de l'illusion... Canta u Populu Corsu, lui, délaisse les palais présidentiels: il connaît les salles militantes de Catalogne où il a, à diverses reprises, déjà remporté un grand succès. Le Centre International Escarrè pour les Minorités Ethniques et Nationales (C.I.E.M.E.N.) a renforcé ses contacts avec la Corse depuis ses "Deuxièmes journées" de 1977 "Corsega, Sardenya per les reivindicacions nacionals" dont les actes ont été publiés à l'Abbaye de Montserrat en 1978. Désormais, la Corse est représentée au C.I.E.M.E.N. par un délégué de la C.C.N. En cette fin de printemps, Canta se prépare à retourner en Catalogne à l'invitation du C.I.E.M.E.N. qui poursuit ses activités en faveur des nations sans état et représente, dans la Catalogne de Poujol, une option nationaliste contestataire et indépendantiste. Mais au mois de juin, le voyage est annulé: il paraît qu'un télégramme de Corse a averti la structure de la non-représentativité populaire de Canta. L'incident devient "l'affaire de Barcelone". Par un communiqué de presse du 18 juin, Canta u Populu Corsu rend public le différend qui l'oppose à la C.C.N. et proclame "qu'il ne sera jamais l'objet d'une cooptation par quelque parti que ce soit". La base du différend, d'après les archives du groupe, est la fin de nonrecevoir apportée par Canta à la C.C.N.: le groupe a d'abord ignoré l'invitation aux journées internationales de l'organisation nationaliste corse prévues pour les 12 et 13 août prochain à Corti, puis il a refusé. Motif invoqué: trop de sollicitations, trop de soirées ...une saturation qui porte préjudice. "Saturation": le terme figurait déjà dans le compte rendu de la réunion du 13-15 octobre 1979 (traduction): "En fonction des événements, le groupe est bien entendu disponible, mais il nous semble qu'en Corse une certaine saturation de soirées engagées peut nuire à la cause nationaliste. C'est pourquoi nous proposons à A Riscossa une tournée en France cet hiver ou au début 80 (par exemple trois soirées consécutives, dans trois villes que A Riscossa choisira). D'autres groupes (I Chjami, I Cumpagni, I Muvrini) peuvent être contactés pour prendre la relève dans ce sens. Nous proposons à A Riscossa de contribuer à son profit à un disque enregistré en public." Revenons à "l'affaire". Faut-il en poursuivre le récit événementiel, souligner les péripéties de la polémique et se plonger dans la guerre des communiqués? Rechercher les causes et les responsabilités? "Linéaire, mais critique!" m'a-t-on dit en me confiant la tâche de l'historique. Je vais donc à ce qui me paraît l'essentiel... Le communiqué de Canta entraîne, de la part de Dumè Gallet, une lettre de protestation adressée au groupe et un communiqué remis à la presse. La teneur et les termes des deux documents sont sensiblement les mêmes. Dumè démissionne du groupe: entre les deux pôles de l'engagement qui apparaissent exclusifs l'un de l'autre, entre le groupe et l'organisation, Dumè choisit cette dernière. Natale, pourtant très engagé politiquement dans la lutte de libération nationale, reste dans le groupe et se fait le garant de la ligne culturelle engagée. En définitive, Dumè ira à Barcelone, comme représentant de la C.C.N.... D'autres groupes corses prendront la place de Canta lors des manifestations de cette organisation. La crise que "l'affaire" suscite dans le groupe est grave . Elle fait remonter au grand jour des débats anciens, arrêtés dans leur cours les années précédentes, mais qui n'ont jamais été réglés au fond. Dans les archives, il subsiste quelque trace de cette question ouverte, comme après la réunion du 19 septembre 1981: "Orientation du groupe. Relation avec les partis politiques: Canta ne change pas de voie, au niveau de son engagement nationaliste. Nous n'avons aucune leçon de militantisme à recevoir, Canta ayant montré, pendant l'été comme à l'étranger, la direction de sa lutte, qui est celle de la lutte de libération nationale. N'étant soumis à aucun parti, Canta rejette toutes les critiques qui s'abattent en ce moment sur le dos des groupes culturels. Canta est prêt à discuter avec tous les partis à propos de sa stratégie dans la conduite de la lutte, mais il ne sera jamais soumis à une quelconque organisation politique "radicale ou réformiste" qui chercherait à transformer la philosophie et l'orientation politique et culturelle que le groupe a toujours adoptée à la majorité de ses militants. Aucune décision n'a été prise pour savoir si le groupe devait ou non chanter pour les partis politiques: cette question fera l'objet d'une prochaine réunion." On ne trouve pas trace, dans les archives, d'une telle réunion... Dans le débat qui s'instaure autour du micro à propos de "l'affaire" entre Natale et Dumè, on sent aujourd'hui beaucoup de compréhension mutuelle, une amitié attentive et le désir de ne pas se laisser aller aux regrets. Mais surtout, la volonté d'identifier la véritable signification, politique et culturelle, de cette crise, par delà l'anecdote et les protagonistes: -Je pense que la fracture du mouvement politique s'est produite là. Nous n'avons pas été assez mûrs pour gérer cette situation. -Je suis convaincu que Canta faisait concurrence aux politiques. Barcelone n'était qu'un prétexte. -C'était une époque difficile pour le groupe que le départ de Poletti avait affaibli quant à la création. Les deux éléments ont fait que le groupe est tombé. Même avant l'affaire de Barcelone, nous nous disions entre nous que c'était l'essoufflement: notre répertoire, notre style étaient répétitifs. Si nous avions disposé de la force de créer, peut-être...". 8. S'est-il vraiment absenté? (1984...)Les suites de "l'affaire", dans le climat créé par l'assassinat de Guy Orsoni et les premiers incidents de Carghjese, mettent l'effacement du groupe en sursis. Sans doute faut-il attribuer à la menace de la dislocation l'activité de Canta qui multiplie les concerts et se dote d'une structuration plus forte, peut-être pour être à même de mieux occuper le terrain face à la "concurrence des politiques". Les projets d'activités complémentaires se renforcent, comme le soutien aux artisans et à la randonnée équestre en montagne. Le bureau est renouvelé le 11 septembre à Casamacciuli et Petru devient le président du groupe. On fait en détail le bilan des ressources et l'inventaire du matériel, puis on élabore un programme précis pour les mois à venir. Mais aux discussions à bâtons rompus des années précédentes semble vouloir succéder une rationalisation plus grande du discours et de la circulation des idées. Témoin ce dossier extrêmement détaillé de 18 pages adressé à chacun des militants du groupe et comprenant: 1°) Le communiqué du différend Canta-C.C.N., 2°) Une communication sur l'affaire de Carghjese par N.Luciani (après les entraves mises au concert de 1 Muvrini courant juillet, Canta a décidé, malgré de vifs débats internes, de répondre à l'invitation de la section locale C.C.N. le 22 août et a chanté malgré les incidents), 3°) Le communiqué de Canta sur son orientation (après la réunion de Casamacciuli du 11 septembre), 4°) L'interview de P.Guelfucci à FR3 (19 septembre), 5°) Le communiqué fait par N.Luciani en vue d'une synthèse. Le 10 décembre de cette année-là, une motion adoptée à l'unanimité apporte la clarification souhaitée et souligne la nature culturelle du groupe, son action au service du peuple corse, son soutien moral et matériel aux victimes de la répression, la diversité des sensibilités nationalistes parmi ses militants et, par conséquent, le refus des ingérences "de quelque parti que ce soit". On semble donc prêt à repartir sur des bases solides, mais l'année 1984 sera celle de, l'éclipse. L'arrestation de Natale porte un nouveau coup au groupe. Les concerts continuent, mais ils vont s'espacer bientôt. F.Diani signale le "dernier concert" de Canta à L'Oretu di Casinca en juillet 1984. D'autres font mention d'un concert dans le Fiumorbu à une date ultérieure. Petru se remémore une soirée grise, à Calzarellu, à la fin de l'été 1984: "C'était la dernière; depuis un an, nous avions fait trop d'erreurs..." "Canta à la croisée des chemins" titrait un article de "Kyrn" en juin 1982. Quand son "absence" (F.Diani) a-t-elle réellement commencé? Est-ce au lendemain de la grande journée de U Lucu di Nazza (ter septembre 1984), où prend fin la tentative d'interdiction publique de I Muvrini et de la chanson corse orchestrée par la C.F.R. et engagée un an plus tôt à Carghjese? La presse le donne présent à cette manifestation, en compagnie de I Muvrini, Teatru Mascone, I Surghjenti, Altagna, I Chjami aghjalesi, L'Albinu... A une place conforme à son engagement de toujours, pour soutenir l'Associu paisanu de la commune et tenir tête à l'entêtement. Est-ce le ter août 1985, au lendemain du premier Festival du Fiumorbu à Calzarellu? Il figure au programme de la veille... Alors, Canta s'est-il vraiment absenté ? Ghjacumu Thiers |
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