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A STRADA DI L'AVVENE
"CITADELLA DA FÀ" ...
"Le style était confiné, étriqué,
il fallait en sortir". C'est Christophe Mac Daniel, à qui
le groupe doit beaucoup qui le disait. Les "jeunes" critiquaient
: " Il faut sortir du do-ré-sol" répétaient
les "Chjami". Pourtant, pour beaucoup, la force de Canta était
là dans cette base vocale inébranlable. "On arrivait
avec une "seconde" et le canevas polyphonique collait, on
pouvait chanter la nouveauté du Cap Corse à Bonifaziu".
Là résidait la fiérté de G.P. Poletti ;
il s'est souvent enorgueilli, et à juste titre, de cette sorte
d'universalité locale. Pourtant, démonstration avait été
faite, en grande partie par le grand talent de cet "homme éponge"
que le langage pouvait accéder à l'universel sans rien
renier de ses racines. L'ultime démonstration intervint dans
le prolifique "Ci hè dinù". L'ouverture aux
autres, ébauchée lors des "ghjurnate internaziunale
di Corti" prenait corps, et accompagnait l'émancipation
définitive. Trois traditionnels de pays divers (Sardaigne, Pays
Basque et Catalogne), deux adaptations et des créations à
la coloration et à l'esprit nouveau, l'évolution y est
flagrante (s). Tout y respire l'affranchissement . Le synthétiseur
est intelligemment intégré sur la profonde "Citadella
da fà...", titre phare. Minicale laisse libre cours à
une mémorable fantaisie, toute de riche orchestration sur une
vive scuttiscia . Les créations de Natale Luciani apportent une
autre démarche et un son nouveau. Christophe Mac Daniel étoffe
les arrangements, notamment avec l'introduction des claviers. "Sur
certaines chansons qui étaient dans un esprit variété,
il aurait été dommage de se priver d'une démarche
plus conventionnelle". Peut-être le tout est?il entaché
de la présence perceptible d'un malaise diffus. Les fractures
ont laissé de traces malgré la collaboration de Poletti
qui signe à nouveau trois titres comme pour rappeler une empreinte,
une griffe qui semble demeurer d'avantage dans le fil de la discographie
du groupe.
TÙ SÌ L'ARBURU DI LUME
"Mal cunciliu"
"Qualchissia cunterà in l'anni futuri, a nova infiurata
di a canzona corsa nantu à e ruvine ammansate di a miseria culturale"...
(s) Ce quelqu'un, c'est Canta lui même, son legs, ses disques,
son esprit, son témoignage. Il y aura désormais dans l'histoire
musicale et culturelle de ce pays, un avant, et un après, "Canta
u populu Corsu". Canta fut un méga cataclysme, une révolution.
Canta, rendu à la source, a livré à son peuple
sa culture, lui a redonné sa musique, clefs en mains et à
la portée de tous. Canta a réanobli la communauté
corse dans ce qu'elle a de plus profond : son chant. Il fut d'abord
le "bras séculier" de cet "homme de la terre"
pour devenir par la suite le guide émancipateur. Tous, nous devons
une part de notre vécu à cette flamboyante aventure où
nous avons tous été intégrés, à un
degré ou à un autre. Tous, et c'est là la plus
grande réussite de Canta, nous piochons dans cette matière
pour construire notre personne ; tel l'adolescent qui écoute
patiemment les Anciens pour façonner son propre "Versu".
"Quand Canta va revenir, il ne sera pas à l'écart
du monde... Il faudra bien que soit reconnue "notre" musique...
La partie se gagnera ailleurs". (G.P. Poletti)
Ghjiseppu Turchini
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