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L'ÉMANCIPATION
MUSICALE
"NAVIGA IN DOLCI MARI LA ME FANTASIA"
Arietta
Le phénomène Canta s'amplifie, touchant toutes les couches
de la population particulièrement les plus jeunes. Dans les lycées
et les milieux étudiants, on était jusque là "Beatles
"ou "Rolling Stones", on sera désormais "Canta"
sur le bout des doigts. On se rue sur chaque nouveau disque pour savourer
la dernière trouvaille de Poletti, le chant exhumé d'on
ne sait quel village, où apprendre sans plus tarder les accords
de telle chanson. C'est un véritable repositionnement culturel
qui a lieu; le centre diffuseur s'est déplacé, il a repris
sa place au sein de la communauté. La polarisation est interne,
la Corse devient source et référence. Canta suscite des
vocations dans son sillage naitront les "Muvrini" puis les
"Chjami Aghjalesi", "E Duie Patrizie". Autant d'expériences
musicales diverses qui vont s'influencer, provoquer l'émulation.
La parution du quatrième album "A Strada di l'avvene"
marque un double tournant dans la démarche générale
du groupe d'abord, c'est la période de distorsion au sein de
la famille nationaliste. Le procès d'Aleria a déçu
certains militants. Canta prend sa part dans le débat et accentue
son engagement. Le second tournant est musical; la création s'émancipe,
on sent un net désir d'ouverture. Il s'affirme dans l'adaptation
réussie (au point que l'on croit la chanson créée
par Canta) de "A Strada di l'omu", l'hymne d'Amnesty International
composé par l'américain Merle 'Lavis. "Les voix polyphoniques
collaient impeccablement sur le cadre folksong; je l'avais découvert
depuis longtemps " dit Poletti. Cela se vérifie également
dans "un paisanu", qui développe un original travail
des basses enjeu rythmé. "Surella d'Irlanda " marquera
son temps, le texte est fort, la composition ouvre la voie à
une nouvelle conception, plus classique où Poletti dit se sentir
très à l'aise, on y note la collaboration intéressante
des "Duie Patrizie" (la chanson est en effet relevée
par un choeur qui introduit une ampleur harmonique nouvelle), et une
rythmique guitare scandée (très chant engagé des
70), présente également sur la poignante "Strage
di Bustanicu". Le fond Quilici est désossé et remodelé
grâce au travail de Minicale qui nous offre la superbe "
paghjella de Ponte Novu", version "actualisée"
du versu de " Castiglione". Enfin le puissant "Clandestinu"
puise sa force dans l'accélération expressive de la structure
traditionnelle.
Le cinquième album "Chjamu a puesia" confirme l'oxygénation
musicale. Les influences y sont diverses , les réussites, encore
une fois nombreuses (il est remarquable de constater cette qualité
générale qui subsiste encore aujourd'hui). Le disque sera
incontestablement celui de "Mal Cunciliu" l'inoubliable chant
tiré du roman de J.Claude Rogliano. C'est le Poletti de la symphonie
qui voit le jour, tenté par la composition ambitieuse et capable
de relever les plus beaux défis. L'aspect théâtral
et lyrique transpire, l'uvre transporte. Chaque titre développe
un filon musical différent (remarque valable pour toute la discographie
de Canta: le groupe a toujours eu présent à l'esprit,
le souci d'éviter la monotonie, et à ainsi respecter une
variété de rythmes, compositions, couleurs, arrangements,
instrumentations sur chaque album), l'émotion des voix en crescendo
dans "Quandi a terra move" avec l'apport et la présence
de Dumè Gallet, la douceur poétique de "L'odore di
i nostri mesi", la révolte douce de "l'ancura di a
misericordia", dénonciatrice en diable, la fine et légère
"Arietta". L'art du groupe est consommé, la maîtrise
totale. Canta a réussi sa mutation, le public le sent qui suivra
le groupe dans toutes ses propositions ,ses compositions avec la fidélité
de la reconnaissance et du plaisir partagé.
Ghjiseppu Turchini
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