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Canta prépare un nouvel album
de 14 titres dont 6
ont déjà été enregistrés.
Canta in Liò per U Beach Soccer
Ecole de chant Natale Luciani
Le DVD de Canta est disponible
histoire
du groupe

 

 


LA CRÉATION MILITANTE

"VOGLIU CANTÀ LI TO ODII LE TO PASSIONE"
Lettera di u prigiuneru

Réintégrer la tradition, oeuvrer afin qu'elle puisse vivre. Le premier paramètre ayant été maîtrisé, Canta se donna pour objectif d'envisager le second ? le nouveau disque du groupe , "Libertà", révéla un contraste avec le premier. L'époque, il est vrai, était à l'engagement; le drame d'Aleria venait de se dérouler ; les fractures naissaient, les convictions s'affirmaient. L'album fut à l'image du contexte, profondément empreint d'une revendication virulente. Les "chiffres " parlent d'eux-mêmes."Eri, oghje, dumane", c'était 17 titres, 15 traditionnels; "Libertà" présenta 8 créations sur les 10 titres proposés. Ces huit nouveautés étaient autant de chants engagés... Même les deux traditionnels sont des hymnes guerriers: "A Palatina" et "Sunate lu cornu". Le siècle des révoltes, ce XVIII ème siècle des Paoli et des Gaffory ressurgissait, comme une référence en écho aux luttes présentes. Pourtant, malgré cette majorité de créations, la tradition est toujours là, bien présente, elle est le socle de l'esprit musical 'Canta'. La "Muresca" l'antique danse Pyrrhique, exhumée grâce à la découverte de partitions, et "Ciucciarella" , la nanna d'excellence illustrent et accompagnent les deux poésies déclamées du disque. L'air d' " Arritti " du flamboyant poète cortenais Filice Filippi est traditionnel de même que le " versu" de "Simu sbanditi", le splendide lamentu de Ghjuvanteramu Rocchi. Notons qu'il s'agit là d'une première et fructueuse collaboration avec l'instituteur militant de Loretu di Casinca qui signe aussi l'émouvant "Muvrinu" : une réussite. Quant aux deux créations de Poletti : "A rivolta" et " Lettera di u prigiuneru", elles laissent présager de ce que sera l'empreinte future du jeune compositeur. Là aussi, le fil est traditionnel, les créations sont "dans l'esprit". Manifestement, le lycéen qui "cherchait" avait trouvé imprégné de dizaines et dizaines de "versi", son génie musical s'exprimait et mûrissait. La synthèse s'opérait et remodulait. Poletti entame là une longue série de créations ; il offrira à sa communauté parmi les plus beaux fleurons d'un patrimoine désormais collectif. Le "son Canta" , effleuré lors du premier album (et affiné dans le 45 tours "Aleria") s'affirme. Mariage harmonieux des voix puissantes, mélodieuse instrumentation sobre qui souligne efficacement. La greffe a pris, le socle polyphonique se module sur des rythmiques diverses, c'est l'alliance de la paghjella et de l'arpège. Une esthétique à mi-chemin entre Ghjuvansantu Rocchi, et Joan Baez, Ziu Filippolu Taddei et le folk song. Après avoir fédéré, redonné ses lettres de noblesse à la tradition, Canta lui ouvrait de nouveau horizons, de nouveaux champs (chants ?) d'investigation. La liberté souhaitée, recherchée et revendiquée sur la pochette envahissait aussi le vinyle; les nouvelles voies (voix ?) pouvaient être arpentées du fait même que désormais, le spécifique était assimilé.

"CANTANU INSEME CUN AMORE PER LA BELLEZZA DI LU MIO MONDU"
L'Alta strada

Dans la fièvre des soirées militantes se confirme l'adhésion d'un public qui reconnaît le groupe comme l'incontestable hérault du mouvement revendicatif. Celui-ci va pourtant, paradoxalement, opérer un retour à la quiétude poétique. "Vultemu à a tradizione " se remémore Natale, "les gens savent que nous sommes engagés". Ainsi naît le troisième disque : "Canti di a terra è di Vomi". Ces retrouvailles avec le "sensu paisanu" (dixit Poletti), sont une véritable délectation. Le mouvement de balancier continue: sur 11 titres, 8 sont traditionnels.

Le disque doit énormément au village de A Soccia qui (par l'intermédiaire de Ceccè Buteau) fournit 4 pièces. Le magnifique "Piscaia", émouvant et langoureux, et l'original chant à répétition de "A Merula" sont interprétés par Ceccè que l'on entend enfin en "segonda". Les deux chants de fête, "Zighizon" et "A fiera di San Francè", vont apporter à Canta une fraicheur, une spontanéité, une joie scénique (et discographique) qui faisait quelque peu défaut: le peuple corse savait aussi s'amuser.

'Trois beaux chants monodiques apportent toute leur puissance : deux lamenti, l'un interprété par Michele Federici, l'infatigable chantre de Rusiu et l'autre écrit par Marcu Casanova, poète et compositeur talentueux de A Casanova di Venacu ("Lamentu di u duttore Battesti", et "Bruscu" dont le monde si important de la chasse en Corse va raffoler). "I Mulatteri d'Ulmetu" confirme la richesse inépuisable du terroir Zicavese et d'un patrimoine Pumunticu souvent méconnu; à travers une instrumentation discrète il met en valeur la voix typée de Michele Paoli. Le rôle grandissant de Minicale transparait, l'homme orchestre (flûte, violon, guitare, mandoline) apporte cette touche inimitable aux arrangements. Les superbes voix de P. Guelfucci et F. Rocchi s'affirment. "Canti di a terra è di l'omi" c'est aussi trois créations de G.P. Poletti. La douce "Canzone per Stella" est composée pour la naissance de la fille de Petru. "A Canzone di u pianu" répond à un désir de s'adresser à un public particulier, celui des enfants qui représente l'avenir. Poletti est toujours dans la veine traditionnelle qu'il adapte à l'esprit de chaque chant, la structure est monostique (répétition de la même phrase musicale tout le long du texte) elle s'appuie sur trois accords fondamentaux qui encadrent la mélodie : c'est le fameux "sol?doré" qui sera le support de tant de réussites. Enfin, ce troisième disque restera le disque de "A Culomba", l'immortelle "Alta Strada", toujours dans l'esprit ci-dessus décrit. II s'agit vraisemblablement de la chanson qui, dans le monde "paisanu" de la Corse profonde, élèvera Poletti au rang de créateur reconnu et vénéré. "La" chanson type issue du terroir, et retournée à ce terroir. Sur une structure largement inspirée de la tradition Poletti signe là un de ses plus beaux titres. Carlinu Rocchi (frère de Filippu) de par une interprétation époustouflante d'aisance, de limpidité, de "ribuccate" maîtrisées, de puissance vocale en fait un véritable chef d'oeuvre de l'art musical corse. Une référence et une école.

Ghjiseppu Turchini