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L'OUVERTURE FINALE
"VULERIA CHÌ A MIO VOCE TRAPANASSI OGNI MUNTAGNA"
Paghjella
C'est paradoxalement au paroxysme même de cette puissante adhésion
collective que le groupe va connaître ses premières grandes
difficultés. Elles déboucheront, quelques mois plus tard,
sur l'éclatement de la structure. Plusieurs causes interviennent,
qui sont ailleurs analysées; il est néanmoins intéressant
d'en analyser les répercussions au niveau artistique et esthétique.
"Les réunions de Canta, c'était une heure de débat
musical et six heures de débat politique" se souvient Natale
Luciani. Durant la première heure, la passion était loin
d'être absente, les discussions révélaient une véritable
difficulté de positionnement par rapport à la création.
Il y avait les "traditionalistes", les "évolutionnistes",
ceux qui se prononçaient en faveur d'une instrumentation plus
conséquente, ceux qui voulaient rester sobres et privilégier
le vocal etc. Canta avait tellement contribué à marginaliser
les formes abâtardies d'un folklorisme désuet, il s'était
à ce point fait l'apôtre d'une tradition pure, que l'autocritique
devenait douloureuse dès lors qu'il fallait envisager l'évolution.
Le privilège des pionniers. Justifier l'affranchissement n'a
jamais rien résolu, et Canta, en fait, endossait cette mutation
avec l'assurance de belles promesses d'avenir. D'autres s'engouffreront
dans la brèche, toutes les voies devaient être exploitées.
Elles le seront. Les deux derniers disques sont ceux de l'ouverture
totale, de l'étape indispensable franchie. Au Théâtre
de la Ville, à Paris devant une salle conquise, Canta interprète
u pietosu "Ghjennaghji" écrit par Ghjacumu Thiers,
en hommage à Monseigneur Thomas pour son attitude courageuse
lors des événements de Bastelica. La polyphonie sacrée
corse devient symphonie progressive. Poletti atteint un sommet de son
art, l'homme, à l'image du groupe, a mûri, et pleinement
réalisé la synthèse de ses multiples influences,
comme si l'art lyrique, le classique et la tradition ne faisaient plus
qu'un le temps d'une chanson. Avec, toujours, ce souci de référence
dont nous parlions plus haut: "l'accord final de ghjennaghji (accord
de quinte) est "autorisé" par la pratique traditionnelle,
c'est celui qui intervient lors de l'ultime vers du "Pater Nostru"
à Sermanu !". Magnifique raccourci de 10 ans d'une expérience
formidable, irremplaçable. G.P. Poletti pourtant n'est pas sur
scène, mais dans le public. Ceux qui étaient là
l'ont immédiatement ressenti : quelque chose n'allait plus. Cette
"communauté idéale" s'était fracturée,
rien ne serait plus comme avant. Quelques mois plus tard, Poletti se
produit "seul" à Paris : même malaise, on sent
l'entreprise vouée à l'essoufflement.
Ghjiseppu Turchini
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