Accueil  |  Histoire du groupe  |  Discographie  |  Canta et la Culture Corse  |  Livre d'Or
Sempre in leia cù Canta :
à u 06 25 03 61 97



Canta prépare un nouvel album
de 14 titres dont 6
ont déjà été enregistrés.
Canta in Liò per U Beach Soccer
Ecole de chant Natale Luciani
Le DVD de Canta est disponible
histoire
du groupe

 

 



L'OUVERTURE FINALE

"VULERIA CHÌ A MIO VOCE TRAPANASSI OGNI MUNTAGNA"
Paghjella

C'est paradoxalement au paroxysme même de cette puissante adhésion collective que le groupe va connaître ses premières grandes difficultés. Elles déboucheront, quelques mois plus tard, sur l'éclatement de la structure. Plusieurs causes interviennent, qui sont ailleurs analysées; il est néanmoins intéressant d'en analyser les répercussions au niveau artistique et esthétique. "Les réunions de Canta, c'était une heure de débat musical et six heures de débat politique" se souvient Natale Luciani. Durant la première heure, la passion était loin d'être absente, les discussions révélaient une véritable difficulté de positionnement par rapport à la création. Il y avait les "traditionalistes", les "évolutionnistes", ceux qui se prononçaient en faveur d'une instrumentation plus conséquente, ceux qui voulaient rester sobres et privilégier le vocal etc. Canta avait tellement contribué à marginaliser les formes abâtardies d'un folklorisme désuet, il s'était à ce point fait l'apôtre d'une tradition pure, que l'autocritique devenait douloureuse dès lors qu'il fallait envisager l'évolution. Le privilège des pionniers. Justifier l'affranchissement n'a jamais rien résolu, et Canta, en fait, endossait cette mutation avec l'assurance de belles promesses d'avenir. D'autres s'engouffreront dans la brèche, toutes les voies devaient être exploitées. Elles le seront. Les deux derniers disques sont ceux de l'ouverture totale, de l'étape indispensable franchie. Au Théâtre de la Ville, à Paris devant une salle conquise, Canta interprète u pietosu "Ghjennaghji" écrit par Ghjacumu Thiers, en hommage à Monseigneur Thomas pour son attitude courageuse lors des événements de Bastelica. La polyphonie sacrée corse devient symphonie progressive. Poletti atteint un sommet de son art, l'homme, à l'image du groupe, a mûri, et pleinement réalisé la synthèse de ses multiples influences, comme si l'art lyrique, le classique et la tradition ne faisaient plus qu'un le temps d'une chanson. Avec, toujours, ce souci de référence dont nous parlions plus haut: "l'accord final de ghjennaghji (accord de quinte) est "autorisé" par la pratique traditionnelle, c'est celui qui intervient lors de l'ultime vers du "Pater Nostru" à Sermanu !". Magnifique raccourci de 10 ans d'une expérience formidable, irremplaçable. G.P. Poletti pourtant n'est pas sur scène, mais dans le public. Ceux qui étaient là l'ont immédiatement ressenti : quelque chose n'allait plus. Cette "communauté idéale" s'était fracturée, rien ne serait plus comme avant. Quelques mois plus tard, Poletti se produit "seul" à Paris : même malaise, on sent l'entreprise vouée à l'essoufflement.

Ghjiseppu Turchini